22 octobre 2007

TEMPS

- J’ai vécu. Vécu comme on vit, sans prendre conscience. Sans prendre conscience de ce temps qui passe. Qui passe et qui nous bouffe, qui nous tue à petit feu. Un feu alimenté par le bois des envies, des désirs, des tourments. Car la vie c’est une course, une course contre la montre, où nous courons dans l’espoir d’atteindre une chose impossible. La mort nous rattrape et le temps nous dépasse, les hommes et les femmes meurt et naissent dans l’innocence parfaite de ce qu’est le bonheur.

- Vous ne croyez pas au bonheur.

- Le bonheur, c’est une invention de l’être humain, pour courir plus vite. Mais il s’essouffle, notre bête à deux pattes. Il s’essouffle et s’épuise. C’est un homme à la mer sans bouée, un triste fantôme qui erre sans but.

- Vous n’avez pas de rêves ?

- Les rêves, c’est comme le bonheur. C’est idéaliste, inatteignable ! On rêve, on perd le sens du présent, on pense le futur et on oublié le passé ! Le passé, ça existe, c’est réel ! Il faut regarder son passé ! Et comme on a tous un sale passé, ça fait mal, ça ramène à la réalité, et la réalité, c’est bien !

- Le passé, on vit avec, on ne s’apitoie pas dessus. On l’accepte, et avec, on construit le futur.

- Construire le futur ? Vous êtes un de ceux qui croient que le futur peut être meilleur que le présent et le passé ? Le passé, c’est du présent déjà vécu. Les gens devraient regarder le passé et voir que ce qu’il va leur arriver ne changera pas beaucoup de ce qu’ils ont vécu. S’ils ont foiré leur passé, ils foireront leur avenir !

- Non ! Le passé s’accepte, les difficultés se surmontent, les gens se battent pour vivre ! Si la vie ne valait pas la peine, on ne la vivrait pas !

- Mais on ne vit pas ! On boit, on fume tout et n’importe quoi pour fuir ce qui s’appelle la vie, et qui est si dur !

- Mais certains se battent !

- Et alors ? Ils meurent tous, non ?

- C’est beau de mourir ! Si on ne mourrait pas, on n’aurait aucun but dans la vie ! Mourir permet d’avoir un ultimatum avant lequel réaliser ses rêves !

- Et pour les autres ? Je veux dire tout le monde a part les 2 personnes sur terre qui se battent pour leurs rêves !

- Il y en a plus que deux ! Et puis les autres, et bien, je crois qu’il sont tristes.

- Alors, ça vous pouvez le dire !

- Non, je veux dire… triste de ne pas rêver. Ce sont des morts. Ce qui fait vivre, c’est l’amour, les rêves, les projets. C’est ce qui nous fait tenir debout. Ceux qui ne rêvent plus, qui n’aiment plus, ceux-là sont morts.

- Alors la terre serait un enfer : plein de morts qui s’enfoncent.

- Qui attendent d’être sauvés.

- Sauvés par vous ?

- …

- Ou par Dieu ?

- …

- Encore une sacrée invention, que Dieu.

- Vous ne croyez ni en les hommes ni en Dieu.

- Je ne crois qu’en ce que je vois.

- Vous pourriez au moins croire en l’homme.

- Vous croyez en Dieu ? Vous êtes un fou. On devrait vous mettre dans un musée, rayon Moyen Age ! Dieu n’existe que pour les esprits primitifs.

- Le blasphème ne changera rien. Je crois que vous-même êtes heureux d’avoir une personne à qui parler quand tout autour de vous est plongé dans la noirceur.

- Mais j’ai ! J’ai mon psy ! Dieu, le psy pour les incrédules.

- Vous êtes triste. Vous ne croyez en rien et perdez les pédales.

- Je suis lucide, j’ai les yeux ouverts !

- Vous avez les yeux ouverts mais vous regardez un mur. Forcément, la vue n’est pas des plus réjouissantes.

- Un mur opaque et solide vaut mieux qu’un monde clair fabriqué sur des espoirs qui ne seront jamais réalisés.

- Vous êtes déjà mort.

- Bien sûr ! Mais vous aussi !

- Non, moi je suis bientôt mort !

- Vous m’expliquez la différence ?

- Entre maintenant et le moment de ma mort, je vais vivre. Je vais rêver, aimer, penser, rire. Je construirais mon futur pierre après pierre, à la sueur de mon front. Et je mourrais heureux.

- Vous rêvez encore je vous dis !

- Alors adieu. Nous verront, nos chemins se séparent ici. Je vous quitte mais à regret. Le temps est passé, et vous êtes toujours d’une grande tristesse. J’espère qu’un jour, peut être, quelqu’un vous rendra le sourire.

- C’est ça, on lui dira. 

rayonazul

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